Épisode 4 · · par Franco Huard

Émission #04 – La petite histoire de la Franc-Maçonnerie au Québec et le Rite de Memphis-Misraïm

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Que peut bien avoir en commun une croisière dans les Caraïbes, l’excommunication des Canadiens français au 19e siècle et un rite maçonnique venu de l’Égypte ancienne ? Pour cette quatrième émission, Franco reçoit deux frères de la Grande Loge pour le Canada de l’Ordre international du rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm — Baudouin Burger, auteur d’une « Petite histoire de la franc-maçonnerie au Québec », et le frère Simon —, tandis que le frère Sylvain, tout juste rentré de vacances, se joint à la conversation. Deux siècles d’histoire maçonnique québécoise et les mystères d’un rite égyptien, en une seule soirée.

Une fraternité qui voyage

De retour de deux semaines de croisière, Sylvain raconte comment il a croisé des frères un peu partout : un « get-together » de maçons affiché à la réception du bateau, des temples sur chaque île visitée — Saint-Kitts, Antigua, la Barbade, Aruba, Curaçao — et même un long échange avec des frères de la Grande Loge unie d’Angleterre, chose rare puisqu’ils reconnaissent peu les maçons dits « irréguliers ». Il évoque aussi Cuba, où les loges sont nombreuses et où un simple signe de reconnaissance a suffi à dénouer une urgence médicale lors d’un voyage de groupe. La morale est limpide : partout sur la planète, un frère finit par tendre la main.

Deux siècles d’histoire au Québec

Baudouin Burger remonte jusqu’à la Nouvelle-France, où le gouverneur Duquesne était lui-même franc-maçon. Après la Conquête, les Anglais installent leurs loges dans les régiments et sur les navires ; l’Église, précise-t-il, ne craint pas les maçons mais l’idéologie maçonnique. Pendant près d’un siècle, des Canadiens français se cachent dans ces loges. Puis vient 1869 : le grand maître de la province de Québec, appuyé par les Américains et leur modèle de grandes loges par État, réclame sa séparation d’avec la Grande Loge du Canada et fonde une loge francophone.

« C’est le premier exemple du séparatisme québécois. »

— Baudouin Burger

L’expansion suit ensuite, curieusement, les chemins de fer — là où passe le rail, une loge finit par apparaître —, jusque dans le Nord où l’Église a peu de prise. Reste un paradoxe : le Québec comptait environ 4 000 maçons au sortir de la Première Guerre mondiale… et à peu près autant aujourd’hui. Le recrutement demeure le grand problème de la Grande Loge du Québec, d’autant que les Canadiens français se tournent désormais vers les loges libérales.

L’Église, les espions et les sociétés secrètes

Comment l’Église repérait-elle des maçons tenus au secret ? Par des espions, et grâce aux petits carnets de noms distribués aux initiés. Être nommé « en haut de la chaire » pouvait coûter un emploi. Cette clandestinité a nourri une longue tradition de sociétés secrètes canadiennes-françaises : les Frères du Canada, les loges des Patriotes, les Fils de la Liberté, puis, au 20e siècle, l’Ordre de Jacques-Cartier — surnommé « La Patente ». Les invités rappellent la nuance : la franc-maçonnerie n’est pas une société secrète, mais « une société discrète avec des secrets », au même titre que les Rose-Croix ou les martinistes.

Memphis-Misraïm débarque à Montréal

Cap sur 1973. Un frère québécois, initié en France après avoir « cogné à la porte du temple », revient fonder le rite Memphis-Misraïm au Québec. Les débuts sont ardus : une dizaine de membres seulement, hommes et femmes réunis faute de nombre, la toute première loge — Isis — étant féminine. Il faudra quinze à vingt ans de persévérance, et cinq, six ou sept lieux de rencontre successifs, avant d’obtenir un local fixe au Centre maçonnique de Montréal. Le rite compte aujourd’hui plusieurs loges, dont une itinérante du côté de Québec.

Aux sources des rites égyptiens

Le frère Simon retrace l’histoire mouvementée des rites égyptiens : le rite de Memphis, fondé par Marconis de Nègre au début du 19e siècle, et le rite de Misraïm, associé à Cagliostro, tous deux portés par l’égyptomanie née de l’expédition d’Égypte de Napoléon. Après bien des voyages — Grande-Bretagne, États-Unis, Italie —, les deux rites sont fusionnés par Garibaldi, l’un des pères de l’Italie moderne. Pourquoi l’Égypte ? « La terre des mystères », répond Simon, qui y voit une filiation symbolique par l’hermétisme plutôt qu’une lignée directe. Quant aux fameux 99 degrés (contre 33 pour le rite écossais), les invités insistent : les trois premiers degrés sont communs à tous, et les grades supérieurs ne sont que des degrés de perfection, jamais l’essentiel.

« Il y a un seul arbre, mais il y a une multitude de branches. »

— Simon

Choisir sa maçonnerie

L’émission se referme sur l’essentiel : choisir la loge qui nous parle vraiment. Memphis-Misraïm se présente comme une loge spiritualiste, tournée vers le symbolisme et le travail sur soi plutôt que vers l’actualité ou les enjeux sociaux. Deux « tenues blanches » par an ouvrent les portes du temple aux profanes. Les invités encouragent quiconque s’y intéresse à d’abord lire — en commençant par le livre de Baudouin Burger — puis à cogner à la bonne porte, en toute conscience. Car en maçonnerie, rappellent-ils, « nous sommes le premier matériau » de notre propre transformation.

Chapitres

Sujets : Memphis-Misraïm · Grande Loge du Québec · Podcasts

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