Épisode 13 · · par Franco Huard
Émission #13 – À la bonne franquette!
Quand l’équipement lâche, qu’un drame familial cogne à la porte et que la vie s’agite tout autour, comment garder le fil à plomb bien droit ? Pour cette treizième émission montée « à la bonne franquette », Franco et Sylvain troquent le plan de match rigide contre une conversation libre, portée par deux sujets qui font réagir la planète maçonnique : l’ouverture de la Grande Loge Unie d’Angleterre aux personnes transgenres, et l’art bien réel de reconnaître un gourou.
Rester centré malgré le mouvement
Franco ouvre le micro avec une confidence : personnellement, tout va bien — meilleure forme physique de sa vie, entraînement et jiu-jitsu plusieurs fois par semaine — mais son environnement, lui, tangue. La console audio a rendu l’âme, les courriels de l’émission ont cessé d’entrer le temps d’un changement de serveur, et un proche a lancé un cri à l’aide qui n’en était pas vraiment un. L’occasion de revenir sur le triangle de Karpman — bourreau, sauveur, victime — et sur cette leçon difficile : cesser de vouloir sauver ceux qui ne veulent pas l’être, et se contenter d’accompagner. Malgré tout, le cœur est léger : Franco célèbre son premier anniversaire de mariage par un week-end en jet-ski dans la région de Hull.
Patreon, une épluchette et un jeu qui raconte l’histoire
Sylvain glisse une invitation : des frères et sœurs organisent une épluchette de blé d’Inde ouverte à tous le 1er septembre — on fournit le maïs, vous apportez chaises et bonne humeur. Puis vient le mot sur la toute jeune campagne Patreon, née en partie de ces fameuses malchances d’équipement. Trois paliers : les « pierres brutes » à 3 $, l’« auditeur flamboyant » à 5 $ et les « maîtres podcasteurs » à 7 $, avec accès aux émissions douze heures à l’avance et à des capsules exclusives. Merci à Botrax et à Nikolas, premiers patrons de l’aventure. Franco enchaîne sur une trouvaille : « Le Temple secret », un jeu déniché sur Amazon.fr, dont chaque carte relate un fait historique de la franc-maçonnerie — l’initiation de Maria Deraismes en 1882 avec le docteur Georges Martin, ou encore le rôle de Napoléon Bonaparte dans l’unification de la maçonnerie française.
La Grande Loge Unie d’Angleterre et la question du genre
Le premier gros sujet vient d’outre-Manche. Repérée dans une émission anglophone, la Gender Reassignment Policy publiée par la Grande Loge Unie d’Angleterre reconnaît désormais le statut des personnes transgenres : un homme initié devenu légalement une femme n’est plus radié, et une femme devenue légalement un homme peut être initiée. Le critère est strictement celui de l’état civil. La décision fait des vagues, surtout aux États-Unis, où plusieurs juridictions plus traditionalistes refusent de suivre. Franco et Sylvain y voient une belle ouverture d’esprit et rappellent un principe clé : chaque grande loge est souveraine.
« Chacune des grandes loges est souveraine : ce n’est pas une franchise, ce n’est pas des McDonald’s. »
— Franco
D’où une question de fond : si la constitution d’Anderson de 1723 parlait de « tout homme », faut-il la réécrire pour l’époque ? Les deux animateurs plaident pour une maçonnerie qui évolue avec ses membres, notamment les plus jeunes générations.
Reconnaître un gourou en 16 points
Après la pause, place à l’expertise de Sylvain, enquêteur et analyste en fraude. La maçonnerie est-elle une secte ? Il répond par un renversement : dans une secte, il est facile d’entrer et difficile d’en sortir ; en maçonnerie, c’est tout l’inverse. S’appuyant sur une liste repérée sur derive-sectaire.fr, il déroule les seize signes du gourou : changement de nom « New Age », jargon ésotérique fourre-tout, entourage de personnes crédibles pour asseoir sa légitimité, pseudo-science, refus du débat contradictoire, channeling avec des « entités supérieures », voyages astraux invérifiables, et ce paradoxe savoureux — se revendiquer anti-secte pour mieux paraître humble. À chaque point, Sylvain distingue nettement le gouroutisme de la démarche maçonnique, où l’on ne retrouve pas ces mécaniques.
L’entonnoir du kiwi
Pour prouver à quel point n’importe qui peut se faire manipuler, Sylvain propose un petit exercice à Franco : choisir un chiffre, enchaîner quelques opérations, en tirer une lettre de l’alphabet, un pays, un fruit… et presque tout le monde aboutit au même endroit.
« Je vais devoir t’apprendre que, malheureusement, des kiwis, ça ne pousse pas au Danemark. »
— Sylvain
Le fraudeur, explique-t-il, procède comme un gourou : il choisit un secteur non réglementé — la spiritualité —, l’étudie, repère la faille dans l’agir humain, puis bâtit son mouvement et recrute une équipe. Les signes avant-coureurs ? Le goût du bling-bling, des biens jamais à son nom, une posture perpétuelle de victime pour aller chercher votre empathie et baisser votre garde. Et la maçonnerie n’est pas totalement à l’abri : le « vénérable à vie » motivé par le pouvoir existe, même si la structure d’officiers rend la chose plus difficile.
Mot de la fin
En clôture, retour sur une conférence donnée la veille à Montréal devant une bonne vingtaine de personnes, quelques cartes de plus tirées du jeu — l’abolition de l’esclavage portée par des francs-maçons comme l’abbé Grégoire et Victor Schœlcher — et l’annonce d’une émission 14 en septembre, possiblement avec un invité venu de France. Sylvain, lui, tient à remercier « tous les gourous » qui ont croisé sa route : après tout, ils l’ont aidé à grandir.
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