Épisode 82 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #82 – Le couvreur et le Frère Terrible !

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Que devient un vénérable maître quand il descend de charge ? Au Rite Écossais Ancien et Accepté, il troque bien souvent l’Orient et sa pleine lumière pour l’Occident et sa pénombre : il devient couvreur. Fraîchement passée maître, Claudia s’installe justement dans cette fonction discrète, et le trio de Sous le Bandeau — Franco, Claudia et Sylvain, enfin réunis tous les trois — en profite pour lancer une nouvelle série sur les postes de la loge. Au menu : le gardien du temple, l’épée pointée vers le sol et une petite controverse bien sentie autour du Frère Terrible.

Un été pour se reposer

Enregistré le 26 juin 2024, l’épisode s’ouvre sur les nouvelles et sur un message que Franco a répété de loge en loge : après une année maçonnique mouvementée, il faut savoir s’arrêter. Passer la truelle sur les rancœurs, pardonner, puis fermer la loge pour l’été — quitte à retourner la pancarte et à renvoyer les candidats à septembre. Le repos, insistent les trois complices, n’est pas du temps perdu : c’est un changement d’état, un « minuit plein » plutôt qu’un « minuit vide », qui permet de revenir sur sa démarche avec un regard neuf. Franco file la comparaison avec les arts martiaux : à s’entraîner sans relâche, on finit par se blesser.

Descendre de charge : deuil et soulagement

Claudia raconte les mois qui ont précédé la fin de son mandat de trois ans. Quitter la chaire de Salomon, c’est d’abord un petit deuil, puis un soulagement : elle refuse même de reprendre un plateau de surveillante, consciente qu’elle doit désormais se détacher de la direction de la loge. Sylvain et Franco renchérissent — eux aussi ont connu ce lâcher-prise difficile, ce moment où le successeur vous prend la main pour vous dire, en somme, « laisse-moi faire ».

L’épisode fait aussi un détour par l’Albanie, où Franco s’est présenté à la présidence du CLIPSAS — le centre de liaison et d’information des puissances maçonniques signataires de l’appel de Strasbourg — devant des dizaines d’obédiences représentées. Sa conclusion, après quelques blessures d’ego bien réelles : personne n’est parfait, pas même les hauts gradés. On ne reconnaît pas un maçon au nombre de ses années ni à ses paroles, mais à ses actions.

Le couvreur, gardien du temple

Voilà le cœur de l’épisode. Au REAA, le vénérable maître sortant devient traditionnellement couvreur : un geste d’humilité qui le fait passer du poste le plus lourd de responsabilités à une fonction toute modeste.

« Il passe de l’Orient en pleine lumière, d’un côté de la loge, à l’Occident, donc à la pénombre. »

— Claudia

Le couvreur veille à ce que le temple soit clos et scellé — parfois même énergétiquement, en traçant jadis un Z avec une chaîne pour verrouiller la porte. Claudia et Sylvain remontent à l’histoire du métier : le tuileur posté dehors qui lançait des tuiles pour prévenir la loge qu’un profane approchait (d’où, plaisantent-ils, les casques de chantier d’aujourd’hui). Franco s’attarde sur les épées. Celle du couvreur, l’ancien vénérable, est flamboyante comme celle du maître ; mais là où le vénérable pointe la sienne vers le ciel, le couvreur pose la sienne à terre. « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » : les deux énergies se répondent, l’une ascendante, l’autre descendante. Sur l’arbre séphirotique, glisse Claudia, le couvreur se tiendrait à Malkuth, tout en bas, là où l’on prend racine. Et parce qu’il ouvre la porte à chaque frère, le couvreur est aussi celui qui perçoit l’état de chacun avant même l’entrée en loge — parfois une simple main sur l’épaule suffit. Au Rite Écossais Rectifié, la mécanique diffère : le passé maître immédiat s’installe du côté du secrétaire et c’est le maître des cérémonies qui assume alors la garde de la porte.

Le Frère Terrible : couvreur ou expert ?

En préparant sa nouvelle fonction, Claudia est tombée sur une « controverse » savoureuse : selon les rites, le Frère (ou la Sœur) Terrible est tantôt l’expert, tantôt le couvreur. Les deux lectures se défendent. L’expert connaît les rouages du rituel ; le couvreur, lui, porte l’expérience de l’ancien vénérable et le devoir de protéger le temple. Quoi qu’il en soit, le vrai rôle de cette figure redoutée lors du passage sous le bandeau, rappellent-ils, est de déstabiliser le candidat pour faire ressortir qui il est vraiment — d’où son nom.

Éprouver les candidats : enquêtes et passage sous le bandeau

Le Terrible ouvre naturellement sur les enquêtes. Avant d’accepter un inconnu « dans sa famille », la loge missionne trois enquêteurs — un privilège, insiste Franco, bien plus qu’une corvée : ils sont les yeux et les oreilles des frères et sœurs. Au Rite Écossais Rectifié à Montréal, l’un d’eux devient même parrain ou marraine du candidat. Il ne s’agit pas de poser des questions sociétales faciles, mais d’apprendre à connaître vraiment la personne et de vérifier que la loge lui convient — car on investit trois ans, minimum, pour l’amener jusqu’à la maîtrise.

« La maçonnerie, c’est difficile de rentrer. C’est facile de sortir. »

— Franco

Le trio referme l’épisode sur une belle image empruntée à une sœur médecin : la loge comme une cellule vivante, ses dix officiers comme autant d’organites, et le couvreur dans le rôle de la membrane — cette frontière qui protège la cellule de tout ce qui pourrait la corrompre. Puis vient le mot de la fin, tourné vers l’été : se reposer, appeler ses proches, revoir les frères et sœurs autour d’un verre, et revenir à l’automne le cœur léger.

Chapitres

Sujets : franc-maçonnerie · REAA · passage sous le bandeau · CLIPSAS · symbolisme maçonnique · Podcasts

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