Épisode 22 · · par Franco Huard

Émission #22 – Le Vénérable Maître

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Pour refermer sa série sur les trois « petites lumières » de la loge, Sous le Bandeau ne se contente pas d’un seul invité: Franco réunit tout un conseil de vénérables. Autour du micro, trois frères qui occupent — ou ont occupé — la chaire du roi Salomon dans trois rites différents, et une sœur, Claudia, qui n’a jamais la langue dans sa poche quand vient le temps de poser une question. Le sujet du jour: le Vénérable Maître, celui qui préside la loge, et tout ce que cette fonction porte de responsabilités, de spiritualité et de pièges.

Trois vénérables, trois rites

Le tour de table donne le ton. Sylvain, Vénérable Maître de la loge Triangle d’Or n°3 (au Rite Écossais Ancien et Accepté), participe malgré un « rhume carabiné ». Éric, passé maître immédiat de la loge Humilité Fraternité (au Régime Écossais Rectifié), est aussi le « patron » présent en studio. Dominique, enfin, est tout fraîchement installé — le 6 janvier — comme Vénérable Maître de la loge La Nouvelle Alliance, au Grand-Orient du Québec, à l’Orient de Montréal; il apporte le regard du rite français. Franco glisse au passage quelques nouvelles: son opération du genou repoussée au 22 mars, une belle expérience de méditation, et le retour de ses capsules « On The Road ».

À quoi sert vraiment le Vénérable Maître

Pour Éric, le vénérable est « l’organe principal de la loge », à la fois sur le plan de l’organisation — planifier les travaux, veiller à ce que le collège des officiers remplisse son rôle, instruire les maîtres — et sur le plan de la transmission, puisque la parole passe toujours par lui. Sylvain distingue le sens opératif (celui qui dirige le chantier) du sens spéculatif: le vénérable doit se centrer dans son cœur avant d’ouvrir les travaux pour laisser passer à travers lui le message du divin. Dominique, lui, insiste sur le rôle d’animation de l’atelier et sur le comportement du maçon jusque dans le monde profane, par l’humilité et l’entraide.

Enquêtes, origines et conditions

La discussion compare longuement les rites. Sur les candidatures profanes, chacun décrit ses enquêtes — souvent trois enquêteurs, un rapport relu en loge, puis un vote — et le fameux passage sous le bandeau, qui n’est pas obligatoire partout (au RER notamment) et prend parfois une tournure kabbalistique ou plus mystique. Franco rappelle les origines historiques: le terme « Vénérable Maître » apparaît en 1899, défini dans Les Francs-Maçons du Moyen-Âge, du temps où l’on nommait ainsi le moine architecte qui conduisait les travaux. Les conditions, elles, varient: au REAA il faut le grade de « passé maître » (pass master), au RER celui de maître écossais de Saint-André, tandis qu’au rite français un vote en chambre du milieu suffit. On discute même de la terminologie — dit-on « vénérable maîtresse »? — avant de rappeler l’installation sur la chaire du roi Salomon.

L’appel du cœur et le piège de l’ego

Pourquoi accepte-t-on cette charge? Sylvain parle d’un « appel du cœur ». Dominique évoque l’honneur de s’inscrire dans une chaîne d’union de vénérables « à travers les siècles » et raconte l’anecdote d’un champion olympique, sûr de lui partout ailleurs, saisi par le trac le jour de son installation. Éric, lui, y voit une passion à canaliser et le désir de donner un départ solide à sa loge, née d’une scission. Tous convergent sur un même avertissement: l’ego. Reprenant Daniel Béresniak, Éric rappelle qu’il faut « une poigne d’acier dans un gant de velours », et que ce n’est pas l’homme que l’on vénère, mais l’office.

« Être vénérable, ce n’est pas prendre la lumière puis prendre la scène. C’est laisser briller les autres, puis donner la parole aux autres. »

— Éric

Contre les vénérables maîtres à vie

Le ton se durcit sur une question de Claudia: les vénérables à vie. Éric s’y oppose fermement — la loge est une entité qui doit vivre à travers différentes personnes, et celui qui s’accroche « n’a rien compris ». Il décrit ces frères qui, ayant échoué dans le monde profane, cherchent dans la micro-société maçonnique un podium, jusqu’à se prendre pour des gourous. Dominique renchérit au nom du rite français, où le mandat ne dépasse pas trois ans.

« Il est inadmissible que quelqu’un soit élu à vie. On n’est pas du temps des rois. »

— Dominique

Les garde-fous sont eux aussi passés en revue: l’orateur, gardien de la tradition, peut reprendre le vénérable en pleine tenue; et le passé maître immédiat, comme le couvreur qui passe de l’Orient à l’Occident, incarne l’humilité qui doit suivre le mandat.

Le mot de la fin

Chacun invite les frères à tenter l’expérience du vénéralat, « formatrice » autant que « prenante ». Franco referme sur une citation d’Henri Tort-Nouguès: « Nul ne saurait se dire maçon s’il ne cherche pas, s’il n’entreprend pas de transformer sa vie selon la sagesse. » Rendez-vous le mois prochain — peut-être avec un invité de marque, un grand maître d’une grande obédience.

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Sujets : Vénérable Maître · REAA · Rite français · franc-maçonnerie · Podcasts

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