Épisode 34 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #34 – Les Arts Martiaux et la Franc-Maçonnerie
Après deux mois de silence — élections, initiations et rénovations de dernière minute obligent —, l’équipe de Sous le Bandeau reprend le micro pour une trente-quatrième émission. Le sujet tient à cœur à Franco : les ponts entre les arts martiaux et la franc-maçonnerie. Autour de la table, Sylvain et Claudia, tous deux passés par le tatami, confrontent leur vécu de combattants à leur cheminement en loge. Deux voies initiatiques, une même quête de soi.
Un retour attendu, entre Cuba et la France
Avant d’entrer dans le vif du sujet, les animateurs prennent des nouvelles. Le voyage à Cuba a réservé une belle surprise : à la dernière journée, un frère cubain — maître d’une loge locale — a reconnu la bague de Franco et l’a salué d’un franc « Vous, franc-maçon! ». Les salutations traversent aussi l’Atlantique jusqu’aux frères de la Grande Loge de France, avec qui l’équipe projette un voyage en deux temps : une semaine à Paris pour visiter les loges, puis le CLIPSAS au Congo-Brazzaville. On remercie au passage les membres Patreon, dont les contributions couvrent surtout l’hébergement des fichiers audio.
Deux voies, une même quête
Pourquoi rapprocher le dojo et la loge? Parce que Franco y retrouve les mêmes valeurs à l’œuvre. Claudia a pratiqué le jiu-jitsu japonais, le taekwondo et le judo; Sylvain, le karaté et le kung-fu; Franco, le jiu-jitsu brésilien, après un détour par le karaté kyokushin et la lutte olympique. Tous trois nomment les mêmes repères : la recherche de l’humilité, la discipline, la rigueur du geste, et surtout l’adversaire perçu non pas comme un ennemi, mais comme un allié — un miroir qui permet de faire le point sur ses forces, ses faiblesses et ses limites. Comme le partenaire d’entraînement, les autres maçons renvoient à chacun l’image de qui il est vraiment.
Le corps qui apprend, l’esprit qui s’apaise
Claudia décrit un mécanisme commun aux deux disciplines : au début, on pense chaque position, chaque mouvement; puis la mémoire du corps prend le relais et libère l’attention. On peut alors accéder au silence — celui du corps, puis des émotions — pour gagner en fluidité et en justesse. Le parallèle avec la loge est direct : l’apprenti se tait et intègre les gestes avant d’accéder à une parole plus concise et plus sentie. Sylvain ajoute qu’à un certain niveau, on devient l’observateur détaché de son propre combat : même face à quelqu’un de plus gros ou de plus agressif, on reste centré.
L’art d’éviter le combat
Le trio insiste : le but d’un art martial n’est pas de se battre, mais d’éviter la confrontation. Franco raconte deux anecdotes tirées de ses écoutes. Dans le Joe Rogan Experience, Eddie Bravo, fondateur du 10th Planet Jiu-Jitsu, explique comment on laisse s’épuiser un adversaire qui frappe fort avant d’agir. Sur YouTube, le pratiquant Chewjitsu désamorce un conflit de bar en montrant simplement ses combats à un provocateur — les deux hommes finissent amis autour d’une bière. Sylvain évoque de son côté un professeur inspirant et le champion de kickboxing Jean-Yves Thériault, dont la stabilité et l’humilité l’ont marqué; dans son école, quiconque se servait de son art pour intimider était vite ramené à l’humilité par les ceintures noires.
« Le but, ce n’est pas de se battre, c’est d’éviter la situation de ces combats. C’est l’art d’éviter la confrontation. »
— Franco
Ceintures, grades et fraternité
La progression se répond elle aussi d’un univers à l’autre. L’ego du nouveau — franc-maçon qui affiche sa bague après trois semaines, ou ceinture blanche persuadée de tout dominer — se heurte vite à la réalité : on peut « manger une volée » d’une ceinture blanche le lendemain d’une belle semaine. La leçon est la même : persévérer, avancer à sa vitesse, tailler sa pierre brute. Claudia rappelle que chacun compose avec ses propres aspérités et ses propres forces : plus petite et moins puissante que ses partenaires, elle a dû se forger une stratégie bien à elle. Le groupe file la comparaison des rôles : surveillants et instructeurs, vénérable maître et instructeur en chef du dojo. Surtout, la fraternité y prend le visage d’une famille. Franco cite la philosophie de son école, Carlos Machado Jiu-Jitsu — « la famille d’abord » —, et le rôle de mentor que joue pour lui son ami et instructeur Jordan, à l’image d’un parrain en loge.
Du passage sous le bandeau au courage de se voir
La discussion glisse vers les rites — rite écossais ancien et accepté, rite écossais rectifié, rite de York, Memphis-Misraïm — et le fameux « frère terrible » du passage sous le bandeau, cette épreuve symbolique qui met le candidat à nu pour révéler qui il est. Ni au dojo ni en loge il n’y a de gagnant ni de perdant : perdre un combat, c’est apprendre sur soi et, surtout, savoir se relever. Le fil rouge des mots de la fin, c’est le courage — celui d’affronter l’obstacle extérieur comme celui de se regarder en face.
« Les arts martiaux m’ont appris le courage de faire face aux choses extérieures. La maçonnerie, elle, me donne le courage de faire face à moi-même. »
— Claudia
Chacun invite finalement l’auditeur à suivre l’appel de son cœur : que la voie soit la maçonnerie, un art martial, la méditation ou autre chose, l’essentiel est de trouver celle qui lui convient — et, pourquoi pas, de les conjuguer.
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