Épisode 39 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #39 – Le cabinet de réflexion

Télécharger l'audio (MP3)

Printemps 2020. Le Québec est confiné, les loges sont fermées et l’équipe de Sous le Bandeau se retrouve en visioconférence pour une émission pas comme les autres. Franco, Sylvain, Claudia et Dominique partent d’un constat troublant : et si la pandémie faisait de chacun de nous l’occupant involontaire de son propre cabinet de réflexion ? Cette 39e émission transforme l’isolement forcé en une longue méditation sur l’une des toutes premières épreuves de l’initiation maçonnique.

Confinés, mais réunis

Le tour de table donne le ton. Sylvain télétravaille et fête au passage ses 50 ans ; Claudia continue de travailler et savoure ce temps pour réfléchir à ses projets ; Dominique, retraité, marche au pied du Mont-Saint-Bruno et garde le contact avec sa loge par téléconférence. Première pour l’équipe : l’émission est diffusée simultanément sur YouTube et Facebook grâce à l’outil Restream.

Très vite, la conversation glisse vers l’isolement et, surtout, vers le sort des aînés. Dominique s’indigne de l’état des CHSLD et de la manière dont la société moderne a « coupé les ponts » avec ses anciens, alors que d’autres cultures les gardent au cœur de la famille. Sylvain rappelle que les traditions des Premières Nations confiaient aux aînés la transmission de la sagesse aux enfants — un rôle que l’État a peu à peu remplacé.

« On reconnaît la conscience d’une société à la façon dont elle traite ses aînés. »

— Sylvain

Descendre à l’intérieur de soi

Claudia pose le décor sans rien dévoiler des secrets initiatiques : le cabinet de réflexion est ce lieu où l’on envoie le profane, au tout début de son parcours, pour l’inviter à l’introspection. C’est un moment de recul absolu, seul face à soi-même, débarrassé des opinions des autres.

« C’est toi, avec toi-même, sans les opinions des autres, qui réfléchis sur qui tu es et sur le sens de la vie. »

— Claudia

Elle rappelle la sentence latine du VITRIOL, gravée sur les murs de bien des cabinets : « Visite l’intérieur de la terre et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée. » Descendre en soi, redresser ce qui n’est pas droit, découvrir un trésor enfoui — pour Claudia, cette pierre cachée porte un nom : l’amour, celui du prochain, de la vie et de soi-même.

Un cabinet grand comme le monde

Le confinement devient alors une métaphore filée. Chacun, chez soi, se retrouve face à ses insécurités, à sa « pierre brute » encore à tailler. Franco raconte ses marches et ses visites à distance aux frères et sœurs ; l’équipe s’inquiète de la détresse psychologique, de la montée du complotisme et des tensions dans les couples confinés.

Mais le cabinet de réflexion, insistent-ils, n’est pas qu’une pièce close. Dominique le retrouve dans la lecture, dans la forêt appuyé contre un arbre, seul en mer sur un voilier, ou sous la voûte étoilée du désert — une expérience d’humilité qu’il relie au Petit Prince de Saint-Exupéry. Sylvain élargit encore : chez les Premières Nations, la quête de vision isole le chercheur plusieurs jours en pleine nature. Il partage l’histoire saisissante d’une amie restée seule dans un cercle de pierres, face à un ours qui l’a observée quarante minutes durant — une leçon de gratitude, de foi et de dépassement de la peur.

Le miroir et la peur de la mort

L’échange touche son point le plus intime lorsque Claudia confie que la crise a réveillé en elle une peur non réglée : celle de la mort. Le cabinet de réflexion, par son aspect lugubre et sa place au seuil de l’initiation, ravive précisément cette angoisse. Elle raconte s’être raccrochée à l’espérance pour retrouver la foi. Sylvain lui répond par sa conviction que l’issue de toute épreuve est finalement positive, à condition d’apprendre par la conscience plutôt que par la souffrance.

Puis vient le symbole du miroir, présent dans certains cabinets. Dominique évoque le film Orphée de Jean Cocteau et ce vertige : est-ce bien nous qui nous regardons, ou le miroir qui nous observe ? Sylvain y voit l’outil pour travailler sur soi, car les autres nous renvoient ce que nous refusons de voir. De là, un beau débat : vit-on toute sa vie dans le cabinet de réflexion ? Oui, tranche Sylvain, puisque le monde entier nous tend son miroir. Non, nuance Claudia : c’est une première étape à laquelle on est appelé à revenir souvent, mais qu’il faut aussi dépasser en passant à l’action.

Les mots de la fin

Chacun conclut à sa manière. Claudia partage l’émerveillement d’une voûte étoilée redevenue visible à la faveur du confinement, symbole d’espoir pour l’avenir de la planète. Dominique encourage les frères et sœurs isolés à lire, à filtrer les fausses informations et à traverser la crise sans violence, dans la tolérance. Sylvain, enfin, lit le poème « Si » de Rudyard Kipling — franc-maçon lui aussi — comme un viatique pour surmonter toutes les peurs. Une émission « pleine de tendresse et de connaissances », de l’aveu même de ses participants.

Chapitres

Sujets : Franc-maçonnerie · Initiation maçonnique · Podcasts

Soutenir l'émission

Passez derrière le bandeau

Sous le Bandeau vit grâce à ses membres. Sur Patreon, accédez aux contenus exclusifs et aux coulisses — et gardez le podcast libre, sans compromis et sans pub.