Épisode 86 · · par Franco Huard
Sous le Bandeau #86 – Vices et Vertus en Franc-Maçonnerie
Peut-on vraiment devenir une meilleure personne ? En franc-maçonnerie, la question tient dans un vieux couple de mots gravés à l’entrée du parcours initiatique : les vices et les vertus. Dans ce 86e épisode, Franco reçoit Sylvain et Claudia pour un échange sans fard sur l’orgueil, la luxure, la paresse et la peur — et sur la façon, très concrète, dont le travail en loge cherche à les transformer en humilité, en foi et en charité.
Sept vices, sept vertus : la carte du chantier
L’épisode s’ouvre sur les définitions. Les sept péchés capitaux — orgueil, envie, paresse, luxure, colère, gourmandise et avarice — sont dits « capitaux » parce qu’ils mènent à la mort de soi : ce sont des vices commis envers soi-même, qui nous éloignent de l’essence de la vie. Face à eux, les vertus : les cardinales (force d’âme, justice, prudence, tempérance) et les théologales (foi, charité, espérance). Pour les intervenants, tout se joue autour de la pierre brute, ce symbole maçonnique du travail sur soi : avant de tailler sa pierre, encore faut-il prendre conscience de la matière qu’on a entre les mains.
Transcender l’ego, sans le tuer
Comment commence ce travail ? Par l’observation, insistent les invités : s’observer soi, observer ses réactions, faire une introspection honnête à la fin de la journée, puis expérimenter d’autres façons de faire. L’objectif n’est pas d’anéantir l’ego — on en a besoin pour survivre en société — mais de le transcender pour qu’il ne prenne pas toute la place. Deux chemins s’offrent alors : la conscience ou la souffrance. Le plus exigeant, celui de la conscience, est aussi le plus fécond ; celui de la souffrance, plus facile à emprunter par réflexe, passe souvent par l’humiliation.
Chacun son vice
L’échange gagne en profondeur quand chacun se met à nu. Franco raconte « Franco le conquérant » de sa vingtaine, quand les conquêtes tenaient lieu de trophées de chasse, avant que la maçonnerie ne lui expose ses quatre vérités et l’aide à canaliser cette énergie. Claudia, elle, nomme l’orgueil comme son chantier principal — cette tentation de se substituer au grand architecte de l’univers, de tout vouloir contrôler — et explique comment la foi vient le contrebalancer. Sylvain, enfin, avoue avoir été orgueilleux, arrogant et menteur, et avoir appris non pas à supprimer ses vices, mais à les maîtriser.
« Le vice, si tu l’enfermes dans un cachot, la première chose qu’il voudra faire quand la porte s’ouvrira, c’est se sauver. Il faut l’amener dans le cachot, qu’il y reste avec son consentement, mais la porte ouverte. »
— Sylvain
De la peur à l’amour
Tous les vices, s’accordent-ils, reposent sur des peurs. D’où ce détour par les mots : PEUR comme « perception, ironie usurpant la réalité », et son écho anglais, fear, « false evidence appearing real ». L’amour, lui, voit avec les yeux du cœur ; la peur ferme les yeux. Le voyage de la tête au cœur, disent les traditions de sagesse, est le plus court en distance mais le plus long en temps. De là découle une leçon de lâcher-prise : il n’y a que quatre choses que l’on contrôle vraiment — nos gestes, nos paroles, nos actions et nos pensées. Le reste appartient à l’espérance. Les invités évoquent aussi des lectures phares, dont « Avoir le courage de ne pas être aimé », qui remet Alfred Adler au goût du jour, et les accords toltèques de Don Miguel Ruiz.
Le frère terrible et la porte d’entrée
Comment, alors, accueillir un profane ? Non pas en comptant ses vices, mais en jugeant la pureté de ses intentions : un ancien menteur qui s’est pris en main a sa place ; celui qui vient chercher un réseau d’affaires ou des titres devient un « maçon de salon ». Pour démasquer les vraies intentions, rien de tel que le frère — ou la sœur — terrible, qui déstabilise le candidat lors du passage sous le bandeau jusqu’à ce que son ego ne puisse plus le protéger. « C’est dans la tempête qu’on reconnaît un vrai marin », rappelle-t-on, entre deux éclats de rire sur la réputation redoutable de Sylvain.
Lire, puis appliquer
L’épisode se referme sur un plaidoyer pour la lecture — après l’initiation, jamais avant. Les intervenants saluent la richesse de la littérature maçonnique francophone et les ouvrages de La Roseraie des Philosophes, tout en rappelant qu’un livre ne vaut que s’il est mis en pratique. Franco glisse enfin quelques mots sur son deuxième livre en chantier, consacré à Hiram Abif et à Adoniram — l’occasion de rappeler que le mythe d’Hiram fut façonné en 1723, au moment où la maçonnerie passait de deux à trois degrés.
« Pour ceux qui se croient parfaits : passez chez le quincaillier, vous y trouverez vos vices. »
— Sylvain
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