Épisode 29 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #29 – Le Rite de York

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Deux ans que Franco cherchait le bon invité pour parler du Rite de York. Cet été-là, c’est enfin chose faite : le Frère Gardy, éminent commandeur du Grand Orient Unifié du Canada, initié en 2002 et parvenu jusqu’au degré de Templier Kadosh, s’installe au micro aux côtés de Franco et Sylvain. Pendant plus d’une heure, il déroule un rite méconnu au Québec — le « rite américain » — nourri de l’Ancien Testament et d’un esprit chevaleresque hérité des Templiers, jusqu’à ses racines haïtiennes.

Rentrée maçonnique : temples, convents et l’avenir du CLIPSAS

L’émission s’ouvre sur une rentrée bien remplie. Le temple de Franco sort tout juste de rénovations : on y a installé des bancs d’église de 1817, récupérés d’une paroisse anglicane et bien plus confortables que les vieilles chaises. La saison des convents — ces assemblées générales où les maçons élisent les officiers et font le bilan de l’année — approche pour toutes les obédiences.

L’actualité, elle, tourne autour d’une question qui agite la maçonnerie libérale : le Grand Orient de France doit-il quitter le CLIPSAS ? Les co-animateurs rappellent que le CLIPSAS occupe un siège à l’ECOSOC, le conseil économique et social de l’ONU, et réunit plus d’une centaine d’obédiences des quatre coins du monde. Le débat porte surtout sur le mode de scrutin, où une poignée de petites obédiences peut peser autant que le Grand Orient de France et ses dizaines de milliers de membres. Franco espère que l’institution — dont le GODF fut l’un des fondateurs, avec l’appel de Strasbourg — restera unie.

Deux écrans à surveiller : « Illuminated » et « The Family »

Sylvain a mis la main sur un film rare, Illuminated, produit par Johnny Royal, qu’il dit avoir été le premier à commander au Canada. On y raconte la véritable histoire des Illuminati de Bavière du XVIIIe siècle — fondés par un juriste passé par la franc-maçonnerie, puis dissous et exilés — à ne pas confondre avec l’Ordo Templi Orientis d’Aleister Crowley, qui a repris et copié plusieurs degrés maçonniques.

Franco enchaîne avec The Family, docusérie Netflix en cinq épisodes sur un mouvement fondamentaliste chrétien mené par Douglas Coe, qui a infiltré la sphère politique américaine et son fameux petit-déjeuner de prière national. Les deux hommes en tirent la même leçon inquiétante : les plus grandes guerres restent, au fond, des guerres de religion.

Le Rite de York, un « rite américain » à géométrie variable

Passé la première demi-heure, place au sujet. Le Frère Gardy pose le décor : né aux États-Unis, le Rite de York s’oppose au Rite émulation « anglais ». Après les trois degrés symboliques communs à toutes les obédiences, il déploie les chapitres du Royal Arch (Mark Master, Passmaster, Très Excellent Maître), les conseils cryptiques, puis les commanderies chevaleresques jusqu’au Chevalier Templier et au Templier Kadosh.

Sa grande particularité ? Sa souplesse. Là où le Rite écossais ancien et accepté vise une certaine uniformité, le Rite de York varie fortement d’un État ou d’une juridiction à l’autre et se teinte de la culture locale — un héritage, dit Gardy, de l’esprit templier, ces moines-guerriers qui n’ont jamais craint de se mêler aux peuples d’Orient.

« Ce n’est pas à toi de te fitter dans le rite ; c’est le rite qui doit s’ajuster à tes demandes et à tes besoins. »

— Frère Gardy

Royal Arch : le degré le plus singulier

Le rite doit sa réputation « vétéro-testamentaire » à certains degrés : le Royal Arch s’appuie sur les douze tribus d’Israël, le Mark Master sur la reconstruction du temple. Gardy préfère d’ailleurs parler de degrés « christiques » plutôt que strictement chrétiens — on n’y exige aucune religion, seulement la qualité de maître maçon.

Il s’attarde sur le Royal Arch, qu’il tient pour le degré le plus singulier de toute la maçonnerie : au lieu d’un vénérable unique, trois maîtres le dirigent — un prophète, un roi et un prêtre — et leur présence conjointe est indispensable pour ouvrir le chapitre. Il explique au passage pourquoi le Passmaster est aujourd’hui conféré « virtuellement », détaché de l’installation d’un vénérable maître.

Des racines haïtiennes à la quête de sens

Gardy a été exalté au Royal Arch en Haïti, où le rite fut introduit dès 1809 par le frère John Goff, qui fonda deux chapitres à Port-au-Prince. Il retrace la généalogie des juridictions haïtiennes, rappelant qu’après l’indépendance politique de 1804, l’indépendance maçonnique du pays date de 1824.

Interrogé sur ce qui l’a mené en loge, il évoque une jeunesse protestante, des questions existentielles et des livres — bien avant l’ère d’Internet. Pour lui, la maçonnerie ne fournit pas de réponses toutes faites : elle offre des outils pour chercher sa propre vérité, à l’opposé de tout dogme.

« Même quelqu’un initié depuis vingt ans ne peut pas t’obliger à croire quoi que ce soit. C’est vraiment ta vérité qui est la vérité. »

— Frère Gardy

Un rite vivant au Grand Orient Unifié du Canada

En fin de parcours, Gardy détaille quelques différences rituelles — le deuxième surveillant placé au midi, l’absence de frère Expert remplacé par deux diacres, le garde du Temple à l’intérieur plutôt qu’un tuileur à la porte — puis présente son obédience : trois loges, tous les corps capitulaires du Rite écossais comme du Rite de York, et des fins de semaine entières de « marathons maçonniques ». Exclusivement masculine, elle réfléchit néanmoins, depuis deux ans, aux structures nécessaires pour accueillir des sœurs. Franco referme l’émission en promettant, pour la prochaine, un invité mystère : un ancien joueur de la LNH devenu franc-maçon et engagé auprès des Shriners.

Chapitres

Sujets : Templiers · CLIPSAS · Franc-maçonnerie · Podcasts

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