Épisode 26 · · par Franco Huard

Sous le Bandeau #26 – Le CLIPSAS

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Ils avaient promis une émission sur le CLIPSAS le mois précédent, mais l’organisation des « Olympiques maçonniques » de Montréal a tout emporté. Qu’à cela ne tienne : Franco et Sylvain « kidnappent » leur invité de marque — ruban adhésif à l’appui — pour une entrevue menée sur le ton de la fraternité. Frais sorti d’un mois d’hospitalisation et d’une semaine de marathon maçonnique, François Padovani, président du CLIPSAS, s’installe au micro de Radio Delta pour expliquer, avec verve, ce qu’est vraiment cette « petite association » aux ramifications planétaires.

Un président au parcours d’engagement

Carrière militaire, cadre de la fonction publique, passage par les sphères politiques dont il a mesuré les limites : François Padovani a fini par choisir le milieu associatif — réinsertion de jeunes vers les métiers de la restauration, attention portée à la solitude des personnes âgées. Initié en franc-maçonnerie en 1998, affilié à la Grande Loge Mixte de France en 2003, il en devient conseiller de l’ordre en 2008, puis grand maître de 2012 à 2015. Élu à la présidence du CLIPSAS il y a deux ans à Buenos Aires, il aborde son mandat avec une idée fixe : remettre l’humain au centre de tout.

Le CLIPSAS, une union mondiale d’obédiences

Le Centre de liaison et d’information des puissances maçonniques signataires de l’appel de Strasbourg fédère aujourd’hui 104 obédiences — bientôt 105 avec la dernière admise —, réparties sur tous les continents. Fondé en 1961 à Strasbourg, c’est une association de loi 1901, soumise au droit français. Padovani insiste : le CLIPSAS n’est pas une « super-obédience », et lui-même n’est pas un « super grand maître ». Ses membres sont des obédiences, pas des personnes, et toute sa force tient à la diversité des cultures réunies autour d’une même table.

« Ce sont nos différences qui nous permettent d’améliorer le monde. »

— François Padovani

De l’ECOSOC à la bioéthique

Depuis 2015, le CLIPSAS jouit d’un statut d’observateur à l’ECOSOC, le Conseil économique et social des Nations Unies. C’était alors la première fois qu’une institution maçonnique intervenait à l’ONU, sur le thème du développement durable ; depuis, l’organisation prend régulièrement la parole à Genève, New York et Vienne. Concrètement, l’assemblée a voté une enveloppe pour créer un stade de football offrant un espace de liberté à des enfants d’Afrique. Nouveauté de l’année : une commission de bioéthique à l’échelle mondiale, confiée sur chaque continent à des médecins et des chercheurs, pour aborder transhumanisme, fin de vie, pauvreté ou enfants esclaves selon les priorités locales.

Montréal, un colloque record

Malgré des démarches de visa longues et difficiles — jusqu’à deux mois pour certains pays d’Afrique —, l’assemblée générale de Montréal a réuni 65 à 66 obédiences, contre 71 à Barcelone l’an dernier. Le colloque, lui, a battu tous les records : 22 contributions (une vingt-troisième restée illisible faute de bon format informatique), débattues en trois groupes de travail — anglophone, hispanophone et francophone — avant une synthèse générale. Fait notable : deux thèmes, plutôt qu’un seul, ont été retenus pour l’an prochain, clin d’œil assumé à Héraclite d’Éphèse et à son « union des contraires ».

Être maçon dans la cité

Interrogé sur la place des francs-maçons dans le monde profane — du latin profanum, « devant le temple » —, Padovani cite Thucydide et rappelle que les loges sont des « laboratoires d’idées » : elles doivent alerter quand quelque chose ne va pas, sans jamais se substituer aux gouvernements. Venezuela, situation italienne, temples profanés en marge des Gilets jaunes : sa réponse à l’hostilité tient en un mot, la visibilité. D’où la tenue blanche ouverte qu’il doit animer le lendemain, le 6 juin, sur « la maçonnerie au XXIe siècle ». Sur la frontière entre maçonnerie et secte, il se veut catégorique : une commission éthique veille, dans chaque obédience, à écarter les « brebis galeuses » et les faux gourous.

Cheminer plutôt qu’arriver

À la question « pourquoi devenir franc-maçon au XXIe siècle ? », Padovani répond par le récit de son propre isolement — l’impression de crier avec un casque sur les oreilles et de n’entendre que son écho — avant de trouver dans la loge un lieu de partage. Reprenant le Voyage de Gulliver (« ce n’est pas la fin du voyage qui compte, mais le voyage en lui-même ») et une phrase chère à Nelson Mandela (« c’est parce que je marche que je sais où je vais »), il fait l’éloge du doute et du chemin parcouru à plusieurs. L’entrevue se referme sur l’avenir : l’assemblée générale 2020 se tiendra à Congo-Brazzaville, et le CLIPSAS prépare déjà son 60e anniversaire, entre le rêve d’un siège au Conseil de l’Europe et des travaux menés jusqu’à l’ONU.

« La franc-maçonnerie n’est pas une école de pensée, c’est une école à penser. »

— François Padovani

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Sujets : CLIPSAS · Franc-maçonnerie · Podcasts

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